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Shamy Chamini, auteur de "la Fiancée du Soleil" à l'Expression du 16/10/2005

«Les femmes ne cessent de subir des injustices» Page : 21 L’Expression : Pouvez-vous nous résumer très brièvement son histoire ? Shamy : Je restitue la vie d’une fille, parmi des milliers, rentrée avec sa famille en Algérie suite à « la loi du million» instaurée en France, qui fit repartir de nombreux émigrés dans les années 70. Arrivées sur place, certaines de ces jeunes filles, nées, élevées en France, sont confrontées à la réalité de la société kabyle algérienne. Le choc est rude ! Certaines sont enfermées, d’autres sombrent dans la dépression, voire la folie, d’autres encore deviennent prostituées. Les plus chanceuses fondent une famille mais toutes découvrent à leurs dépens, leur place assignée. Dans les campagnes, seules les gamines, les vieilles, les folles ou les voyantes avaient droit à la libre circulation, ce qui n’était pas son cas, retirée de l’école à quatorze ans. Je vous laisse découvrir sa prise de conscience et les procédés mis en oeuvre pour arracher le droit de respirer... Vous êtes-vous inspiré de situations réelles, avez-vous constaté l’enfermement des jeunes filles ? Bien sûr ! En Kabylie et dans toute l’Algérie, il y a encore des tas de jeunes filles ou femmes enfermées. C’est un phénomène du monde arabo-musulman, je n’apprends rien à personne! Vous sentez-vous concerné par les combats égalitaires féminins ? Avez-vous désiré les aider ? Je suis interpellé par toutes les injustices, qu’elles blessent, hommes, femmes, enfants, faibles, animaux etc. Je ne suis ni féministe ni antiféministe, je dénonce une injustice parmi de nombreuses et j’observe que parmi elles, ce sont les femmes qui les subissent le plus! Lorsqu’une société évolue dans le monde, elle entraîne fatalement avec elle, la condition des femmes. Nous, lorsque nous nous sommes émancipés, nous avons sorti les traditions et la religion pour les enfermer. Beau paradoxe! Avez-vous cherché à montrer à la société kabyle qu’elle a beaucoup à faire et qu’elle doit évoluer ? Nous entendons beaucoup de remarques positives au sujet de la Kabylie. J’ai voulu mettre en lumière un point sensible concernant le monde arabo-musulman en général et la Kabylie en particulier. Nous sommes supposés être un laboratoire, au croisement des cultures. Nous voyageons, nous émigrons, nous sommes en contact avec «l’extérieur», donc susceptibles d’être plus ouverts et évolués. Or, si l’on regarde la condition féminine, on s’aperçoit que c’est un leurre. L’ambiguïté est maintenue. Regardez les sociétés arabo-musulmanes et demandez-vous où sont les femmes à partir de 18h. Pourquoi disparaissent-elles des lieux publics, des rues, à quelques exceptions près, y compris des endroits où elles pourraient parfaitement se trouver! Pourquoi les hommes pensent-ils qu’au-delà de 20h, une femme dehors a forcément des moeurs critiquables, une «mauvaise vie»? Que pensez-vous de votre héroïne Lundja ? Comment la jugez-vous ? Elle est modeste et courageuse. A sa place, moi, j’aurais tout cassé plutôt que d’être enserré dans des carcans débiles ! Mais je ne suis pas une femme... Elle est intelligente, elle sait composer. Une de ses soeurs, plus jeune, choisit de s’enfuir mais Lundja, elle, lutte sans rompre, ce qu’elle paie cher! La vie au village est dure, les règles sont drastiques, où Lundja puise-t-elle les ressources de sa révolte intérieure et silencieuse ? Comment contourne-t-elle son impuissance à agir ? Qu’est-ce qui la pousse ? Elle peut tenir, elle est aussi dure que les siens! Elle a l’avantage d’avoir vécu dans une société développée. En additionnant son passé avec ce qu’elle trouve en arrivant, elle est armée! Elle prend des coups mais elle n’a pas de cicatrices. Elle veut percer le mystère, comprendre, faire bouger. Un auteur russe a dit: «Ma liberté, je l’ai trouvée en prison.» C’est en quelque sorte la même chose pour Lundja. Enfermée, elle se renforce ! Son militantisme identitaire inné, la pousse à la lutte. Elle veut exister à travers sa culture et son désir de liberté alimente et décuple son ardeur.

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