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Kabyle.com 06/04/2008 - Contes kabyles, la régénération de la mémoire collective

Réveillez les enfants !
Nous allons raconter des histoires, celles qui jadis peuplaient les mémoires imagées de nos mères et de nos grand-mères. Des histoires alliées de notre enfance pour vaincre les longues nuits d’hiver dans nos villages tellement isolés, qu’à eux seuls, ils constituaient un monde… notre monde.

Imaginez un instant, un feu au coin de la pièce, d’où se dégageait des odeurs de bois ardents. Imaginez des enfants, aux yeux écarquillés, enfouis sous d’épaisses couvertures se serrant les uns aux autres. Ecoutez cette vieille femme au visage luisant sous les reflets des flammes. Elle vous transporte vers des mondes féeriques, merveilleux. Un monde où les femmes sont des reines et les enfants des princes vaillants…

Avec les contes kabyles revisités par Shamy, ce sont des légions de souvenirs en procession vers le tendre âge de l’insouciance qui nous submergent.
Nous croisons le chemin du père désemparé traînant la Vache des orphelins vers le marché. L’imagination vague, errante, vers les contrées arides de la beauté de Tanina, cette princesse des montagnes. Ou encore la métaphore sublimée dans l’histoire du Lion, de Sybous et de la Belle Perdrix. Autant de voyages ou plus précisément, des échappées belles, dans une nature sublime, parmi des êtres humbles.

Le décor se veut rural et nu, débarrassé de tout artifice orientaliste. L’auteur restitue intacte la tradition païenne des récits berbères. Il nous fait découvrir une Histoire commune aux Africains du Nord, comme si Massinissa était toujours sur le trône. L’œuvre emprunte à la préhistoire des personnages et des lieux : Taferka , Numidie, Yuva… elle est ainsi truffée d’indices et de références comme dans une chasse au trésor. Pas ceux débordant d’or et de rubis mais des trésors d’amour et d’amitié.

La collection est aussi un voyage initiatique vers le pays où des hommes et des femmes sont avides d’amour et de justice. Des récits de voyage qui s’inventent des aventures et des lieux, où les héros renaissent des cendres de la mémoire collective.

Néanmoins des ombres demeurent au tableau, une réflexion sur les femmes dans le conte de Tanina (page 34-35). Un passage à lire à voix basse, tant l’écrit a dépassé la pensée. Encore vers les débuts, quand l’auteur cherchait un illustrateur, il est malencontreusement tombé sur quelqu’un qui encombre les têtes de morceaux de tissus dans Yuva. Plus grave, dans le Roi chauve, il semble manier le martinet et le sabre, victime sans doute de la sindibaderie.
Comme à tout seigneur, son honneur, les dessins de Zitoun Kerkaden sont plus représentatifs à partir de L’Epine, où les espaces sont plus aérés et les personnages plus proches de la réalité.
Sans dénier le travail des autres illustrateurs, le travail de Farid Belkadi dans Tanina est simplement remarquable.

Enfin, comme l’écrivait si bien le chanteur Idir dans la préface : « …dans la vie il y a ceux qui parlent et ceux qui font… », à tous ceux qui achèteront ces livres, revivez le moment avec vos tripes, laissez-vous aller à la nostalgie. Rappelez-vous jadis, rappelez vous le bonheur…
Oui, il existe encore, il est dans ce que nous réalisons ensemble.

 

Z.Awzellag


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