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Kabyle.com 03/07/2007 - Shamy Les Abranis : La passion des mots

Portrait d'artiste

Ma… ca… hu Il était une fois… en 1944… dans le pays de Kabylie… un village où naquit chez un couple de paysan, un enfant très beau… Les youyous de joie couvrirent les cris de la douloureuse naissance. Sept jours et sept nuits, la fête battit son plein ; le village ne ferma pas l’œil des nuits durant !

Comme il était de coutume, on alla consulter la vielle voyante du bourg, Nna Sacem, afin qu’elle bénisse le nom : LesAbranis Shamy.

Sur le berceau du nouveau né, deux grands-mères se penchèrent, la caresse affectueuse, délicate et bienveillante. Nna Sassa : - Tu seras un homme mon fils ! Avec toi, les terres seront des terreaux fertiles et les troupeaux s’accroîtront à vue d’œil ! La maison où tu seras ne craindra pas la famine… Nna Melkheir : - Tu seras un brave mon fils ! Avec toi, les rêves deviendront réalité. Ta vie sera un conte, où la fiction chevauchera ton imaginaire pour aller rejoindre ton monde…

Durant son enfance, en haut de l’écurie, désertée par les bêtes, les journées furent paisibles dans cette grande pièce cernée par les bancs en terre, ideknan, allongé dans ce berceau à contempler les poutres en chêne et les dessous des tuiles noircies par la suie. Au-delà, le ciel était bleu, les prairies verdoyantes…

Du temps de l’Algérie française, à l’âge où d’autres enfants allaient à l’école, Shamy cavalait derrière ses chèvres et ses moutons. Le capuchon de son burnous, rempli de figues sèches et d’un morceau de galette, remplaçait le cartable. A quatre ans, en guise de reconnaissance, les bergers de la tribu, réunis en conclave, le désignèrent pour conduire le grand troupeau collégial…

La Kabylie renouait avec les tourments de la guerre, quand lui, à dix ans, découvrait les émois de l’adolescence. Entre amour et guerre, résistait l’espoir d’une vie meilleure dans cette orgueilleuse Kabylie. Venu du ciel, un obus explosait devant sa face pour loger des débris de cette montagne dans sa chair… A dix huit ans, blessé de guerre, il est évacué en métropole. Après de longs mois d’hôpital, il découvrira les prés de la Sainte Paris des années soixante. Cette expérience d’hospitalisation lui fit découvrir l’hospitalité du peuple de France, lui qui avait toujours connu le Français en treillis militaire, le fusil à la main, au point de confondre le soldat et l’Arromi. Des chemins de terre tortueux de la Kabylie aux pavés parisiens, ce fut le début d’un parcours initiatique. Plus qu’un voyage, une seconde naissance ; une seconde vie s’offrit à lui. Pour la gagner, il travaillera dans le bâtiment ; un destin d’ouvrier immigré se pointait comme seule perspective à l’horizon…

L’alchimiste des montagnes travaillait la pierre la journée. Le soir venu, dans l’école de la République, il cherchait l’autre pierre : la philosophale… cette pierre qui transcendera le destin du berger pour en faire un artiste et un écrivain. Amoureux de musique, il délaissa la flûte pour d’autres instruments plus modernes et co-fonda en 1967 le groupe Abranis avec Karim. Groupe qui donnera à la musique kabyle certains de ces airs modernes : Tizizwa, Lyinda, Avehri, Wali Kan et tant d’autres d’œuvres léguées au patrimoine culturel. Bercé par les contes de sa grand-mère dès sa tendre enfance, il décida en 1993 de se mettre à l’écriture. Commença alors une carrière littéraire, parce que selon ses dires :"je voulais rendre ce qu’on m’avait donné. Je voulais faire plaisir comme ma grand-mère me l’avait tellement fait ! " 1995 : le premier volet de la saga Orgueilleuse Kabylie voyait le jour aux éditions l’Harmattan. Suivirent quatre tomes, dont le dernier, parut en 2001 sous le titre prémonitoire : Le désert des âmes. Il rapporta sa Kabylie avec un plaisir écartelé entre l’émotion du souvenir, l’amour de cette terre, de ces gens et l’authenticité d’être de l’Etre. Habité par une identité qu’il décrit comme inébranlable, il ne craignit guère de se mélanger de se frotter, de tenter l’aventure chez l’autre, le différent. Des convictions de paysans exprimées par des mots d’écrivain… Son dernier roman parut en 2005 : « La Fiancée du Soleil », est l’illustration parfaite de cette aisance à raconter un vécu foncièrement kabyle dans une langue considérée comme "butin de guerre". Avec une simplicité désarmante, la liberté peu probable d’une jeune fille kabyle prend corps. Une belle histoire qui place le lecteur dans un environnement cru, où il croit déceler les traits de son voisin, de sa cousine ou de sa copine parmi les personnages. L’artiste vit les tragédies de son peuple, se nourrit de ses espoirs, de ses déceptions. Au printemps 2001, prit dans le tourment des événements, à la fois acteur et témoin, il accoucha d’un message : « Messages kabyles », film documentaire au cœur du Printemps Noir. A la violence de la répression, il choisit l’image pour contenir et rapporter l’amère réalité de la tragédie du peuple kabyle. Après la chanson, les livres et la caméra, Shamy sera en quête d’une expérience conciliant l’expression orale, la musique et la romance des contes. Pour lui, la création est un désir charnel, presque obsessionnel. Il adaptera sous un format d’histoires courtes, des contes kabyles anciens. Ainsi, ces vieilles histoires comme Tafunast Igugilan, Asennan et beaucoup d’autres contes, retrouvent une nouvelle vie sur des supports modernes. La culture kabyle, à qui d’autres prédisent un avenir incertain, se vit dans l’innovation de ses enfants. Un vieil adage disait que raconter des histoires en plein jour entraîne à la folie… Des folies, naissent les passions créatrices qui animent les grands hommes…

Boukhelifa Zahir Kabyle.com mai 2007

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